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À la suite de la publication de notre ouvrage collectif Les coulisses du divan, co-écrit avec Liliane Mitelman, Laurent Dubost et Paul Besson, une jeune femme a soulevé des questions pertinentes suscitant une réflexion profonde sur la manière dont nous exprimons notre réalité aux autres et sur la recherche des mots pour transmettre l’existence d’une pensée.

  • Comment trouvons-nous les mots pour transmettre notre réalité à l’autre ?
  • Comment l’autre conçoit-il une interprétation de mon message ?

Cette démarche nécessite une formalisation plus approfondie, une sorte de mise en forme mentale qui va au-delà du potentiel pressenti mais non complètement formulé. Mon objectif est de rendre tangible cette réalité émergente du discours en la comprenant avec intelligence et en bonne maîtrise du langage.

Il est important d’interpréter cette démarche à la lumière de la publication du livre, de sa diffusion, et des podcasts qui ont suivi. Des interviews ont été réalisés avec une qualité sonore et un montage soigné, le tout dans l’optique d’atteindre des cerveaux receveurs. Lorsque nous parlons de cerveaux receveurs, nous nous référons à la capacité du cerveau à créer une image en réponse à une information. Chacun interprète différemment un même message. Ainsi l’idée est d’explorer le parcours du langage et de réfléchir aux cerveaux receveurs, tout en prenant en compte la complexité de l’interprétation d’un discours.

Il faut pouvoir cartographier mentalement ces cerveaux receveurs, de comprendre leur emplacement et leur lien avec la compréhension, allant au-delà de l’aspect lexical. Cette cartographie mentale doit être conscientisée, tenant compte de l’intention du message et de son besoin, afin de créer une réalité propre dans l’esprit du récepteur.

Il est aussi nécessaire d’attribuer à ce fonctionnement mental une crédibilité, une conscience et une capacité sémantique pour surpasser l’imagination commune. Il faut également surmonter les freins du langage, ses empêchements, ses formes de paresse figée, ainsi que la tentation d’utiliser des euphémismes ou des raccourcis mentaux. Les obstacles à la formulation sont mécaniques et possèdent leur propre réalité dans des formes mentales préétablies. Et c’est précisément cela qui devrait inspirer à formuler leur dépassement.

Je reviens à la question posée par cette jeune femme. Je ne souhaite pas en faire un cas clinique et je ne souhaite pas casser les codes du secret médical ou de la déontologie qui est une réalité dans ses fonctionnements et codifie les pratiques médicales. Pourtant il est important de préciser que la personne n’est pas anonyme. Elle possède son identité et son histoire, dont la gestion de son problème, de sa personnalité, de sa souffrance, ses dangers et ses symptômes, s’assemblent en classe mentale. Ainsi, il faut donc tenir compte de l’anonymisation des personnes, au sein de leurs syndromes, leurs atteintes, mais encore leurs conditions sociales et environnementales. Tout cela se regroupe en un ensemble qui constitue la personne. Donc si possible, ajouter à sa vision du monde et dans sa thérapie de l’humanisme, sans excès mais suffisamment pour que celui-ci puisse exister. Il faut ramener de l’humain, de l’histoire et du particulier, pour aller contre ces unités écrasantes d’hommes uniformisés et statufiés. Un bel exemple d’humanisme est la bibliothèque de Babel, la bibliothèque universelle pour tous.

Par ailleurs, le receveur est conditionné par les formes mentales qu’il reçoit et non seulement celles qu’il conçoit dans la réalité de ses maux. Parfois le langage lui manque y compris pour communiquer et donc il va chercher des modèles dans les phrases de l’autre. Et si nous exposons ainsi un mode de réception qui va être conditionné par un mode de conception. Nous commençons à avoir une idée image en termes de réception du fonctionnement mental. C’est ce que je voudrais élargir et mettre à la disposition de tous. Une forme, une idée, et un concept se configurent peu à peu en une sorte de graphie, qu’il est bon de constituer en lui accordant des valeurs de quantité et de qualité.

Pour aller dans ce sens, il faut écouter, méditer, prendre conscience de ce que le cerveau humain dans ses compétences de langage réalisé accomplit dans la forme et la matière. Il maîtrise les compétences matérielles du support jusqu’à la traduction. J’invite pour le saisir à écouter les excellents podcasts du neurologue Laurent Cohen sur France Culture, dans la collection Votre Cerveau. Ce neurologue chercheur à l’Institut du Cerveau à l’Hôpital de La Pitié Salpêtrière « décortique la machinerie cérébrale de la lecture et du langage ». En 7 épisodes, nous voyons comment le cerveau lié au langage procède par des fonctions, des notions et des éléments intuitifs, dans ses fonctionnements et dans son organisation. Ce qui, selon moi, relance encore la question de la formalisation dans ses réalités et ses sous-entendus.

En conclusion, le livre et les podcasts constituent une forme de communication totale, porteuse d’intention et de sens, en direction de cerveaux potentiels receveurs. C’est qui se passe pour cette jeune femme par le cerveau médiant, communicant et curieux dans son écoute et sa réception d’un message. Cette communication forme des structures positives informatrices bien reçues, créant une scène mentale avec ses propres compétences auditives.

Considérer le langage comme une émission et réception dans des unités inversées permet de dépasser les limitations linguistiques et d’explorer des concepts plus profonds, allant au-delà du concret. Nous pouvons nous demander par la suite, quelle vision cela forme-t-il en termes d’image, de rhétorique et de capacité à imaginer ? C’est ce que je vais essayer de développer davantage dans ma prochaine réflexion.

Lucien Kokh, 28-01-2024

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