ARTICLE

Modélisation et dimension des modèles

Introduction

La notion de champ de la pensée, pris dans le fonctionnement social. En incluant les données de la réalité pour leur accorder du champ et de la profondeur.

Je tiens à présenter la façon dont j’en suis venu à modéliser. Ce n’est pas une chose facile, mais je tiens à essayer. Modéliser ne veut pas dire seulement expliquer comment je pense, ou théorise, mais aussi comment je perçois et conçois. C’est tout cela à la fois. Et pas seulement comme une forme d’interprétation ou d’activité intellectuelle appliquée, mais dans la façon dont je me représente les choses. Il n’y a pas de nom pour approcher ce genre d’unité de conception active. J’en ai donc inventé un pour mon usage, car il était impossible de penser et percevoir seulement avec les mots du langage courant. Tout cela a évolué dans le fil d’un long travail. La modélisation représente pour moi, comment je me représente les choses de façon générale, à tort ou à raison, dans un espace qui est celui où je suis et où opère ma façon de faire et d’opérer. Et Je peux aussi employer les mots du langage courant dont j’ai besoin pour rendre compte ou me rendre compte de mes idées et des représentations sur mes fonctionnements. Les mots prennent alors un sens différent, parfois implicite. Se constitue alors devant soi ou comme devant soi, la notion de champ, de profondeur, concernant ce qui se présente à soi et comment on le traite, le perçoit, le conçoit. Apparaissent des dimensions qui sont des dimensions de profondeur physique ou de distance, dans des espaces concrets. A cette donnée de pensée de type spatiale, s’ajoute une question plus large encore, sur la façon dont, volontairement ou pas, on perçoit et on conçoit. Ce qui rajoute encore une épaisseur de plus dans le schéma que me fait concevoir l’étude et l’effort de représentation du fonctionnement de l’esprit, comme concept, notion, réalité, fonctionnement ou fait.

Dans le fil de mon évolution, je me suis intéressé au fonctionnement social en tant que champ. Car il m’est apparu qu’il fallait faire plus ou mieux qu’une conception trop globale et calquée sur le modèle de la psychologie individuelle. Ce qui compte avant tout, ce n’est pas de prendre le lieu d’où l’on part, mais la dimension de là où l’on est et de là où on parvient. Ceci est difficile à expliquer. Une grande partie de l’évolution dans ma forme de modélisation et d’évolution aussi, vient des milieux et des circonstances que j’ai pu rencontrer. Car ce qui m’intéresse est moins comment on pense en soi globalement ou localement et par cas, que comment je peux me mettre en route d’aider quelqu’un ou un groupe à se mettre en route, et de mieux penser sa personne et ses besoins de façon large. Une des difficultés alors est le ou les codes de langage. Car dans la recherche et l’action, on est obligé de réduire le langage, au minimum, comme « des atomes d’action » ou des équivalents du corps physique, ou des unités d’intensité émotionnelle. On rencontre là une inadéquation radicale, dont j’essaie de tenir compte, voire de rendre compte. Les textes de ce blog traitent de cela et ouvrent sur une possibilité de fiction. A savoir une imagination de dialogue, sous la forme de questions et de réponses. Et l’idée de sa suite et poursuite. Il peut permettre aussi d’opérer par fragments, et pas forcément avec une idée impérative de suite.

Par ailleurs, il faut prendre en compte, non seulement le temps, mais aussi différents temps inclus dans la façon de penser et de concevoir. On s’éloigne considérablement ici de la pensée livresque ou conceptuelle. Le temps social est une des composantes du temps de la vie des personnes. Il a lui-même des implicites et des développements. Concernant le temps et ce que nous sommes capables de penser, d’inclure et de prendre en compte dans nos conceptions, nous trouvons incluses des dimensions impossibles à penser en temps normal ordinaire. Prenons l’exemple des historiens ou anthropologues économistes, comme Paul Jorion ou David Graeber. Ils ne peuvent pas éclairer le présent, sans remonter à une évolution d’une durée de plusieurs siècles. L’éclairage focal produit est alors d’une densité et d’une concentration considérables. Il faut comprendre l’épaisseur du champ en soi, comme s’illustrant dans le présent, ce qui est désorientant.  Il faut comprendre l’épaisseur du champ en soi, comme s’illustrant dans le présent, ce qui est désorientant. Un effet paradoxal est que la complexification et l’épaisseur, semblent paralyser la possibilité de projeter et profiler des solutions. Je ne fais que signaler le problème. Car là aussi, je pense que mettre le problème en forme ou dimension de problème est une épaisseur nécessaire et permet d’attirer l’attention et de signaler. L’esprit se voit certes privé et frustré de se voir promis et que profilent des solutions et du mieux à court terme. Mais je pense que signaler est utile, voire nécessaire. Pour la raison que nous ne sommes pas seuls. Et que donc nous devons penser à plusieurs ou au pluriel. Epaisseur et nombre vont ensemble dans la notion et l’esprit. Il me semble que c’est une des voies pour penser en respect des dimensions de l’esprit. Mais aussi de façon étonnante, si on y songe un peu, en termes d’amour ou de libido.

Chercher à éveiller l’esprit

Allumer l’esprit, c’est comme vous brancher sur une idée, et la laisser venir. Cela va très vite et forme une sorte de déclic. C’est comme se lever le matin et se mettre en route. Vous êtes guidé et vous vous laisser guider. Vous avez en même temps des pensées parallèles et votre esprit se met peu à peu en ordre, dans l’espace où vous êtes et l’espace du jour. Ce chronos et cette mise en route impliquent beaucoup de choses. Vous êtes déjà censés le suivre. Il est même censé vous stimuler par la remise en route et la mise en forme qu’il déclenche en vous. Vous êtes là déjà pour moi dans une perspective de champ. Vous êtes dans des espaces de transaction et de transition de ce qui se passe en vous, de synchronisation entre votre corps et votre esprit, dans un espace de temps donné où vous vous localisez, et qui vous localise aussi. Vous êtes dans des espaces de transaction et de transition de ce qui se passe en vous, de synchronisation entre votre corps et votre esprit, dans un espace de temps donné où vous vous localisez, et qui vous localise aussi. Et brusquement, vous tombez sur votre état de réveil plein, et sentiment de votre état du jour : préoccupation, bien-être, souffrance, projection du sentiment des contraintes et des obligations. Comme une sorte de grand panneau devant soi. Vous pouvez sentir un réveil plein ou difficile, plus ou moins douloureux. Il y a négociation entre souffrance physique et mentale. Se rendre compte de sa souffrance mentale est alors quasiment insupportable. Voici selon moi une image qui est un modèle, et une condensation de modèle et de connaissance en soi. Evidemment, la pratiquer seul, n’est pas la même chose que si vous pratiquez, en relation avec un psychothérapeute, « la chose de ce modèle », et votre souffrance et votre type de souffrance mentale. Avec le psychothérapeute, vous allez pratiquer et explorer votre type de souffrance éventuelle et comment elle se traduit en vous et sur vous ; c’est en soi un espace de connaissance. Mais dans une perspective de champ, d’ouverture et d’épaisseur. Il faut dénoncer les interprétations et conceptions étroites faites de la souffrance mentale et des thérapies. Car ce type de souffrance dans sa mise en forme, en ordre, approfondissement, vous appartient. Elle est et devient une démarche positive de connaissance et de mise en connaissance de vous. Elle doit avoir comme ambition et projet, une promotion de votre personne. Et que vous conceviez, plus, plus vite, plus largement et mieux. Approfondissement de vous, de votre champ, et de vos entourages. Et cela dans une perspective de recherche positive, et pas seulement de dopage social. Cet espace vous représente et vous appartient. Vous pourrez y lire et y découvrir des rythmes différents et implicites. Le temps de prendre le temps, et prendre en compte l’intelligence du temps, vous initie à une forme de prospective implicite, d’une efficacité certaine.  Le temps de prendre le temps, et prendre en compte l’intelligence du temps, vous initie à une forme de prospective implicite, d’une efficacité certaine. Elle accroît la force et la certitude de la pensée, sans se laisser épuiser par les pressions environnantes, et évite de se mettre en régime passif et suiviste. Elle donc en soi, un bon modèle, qui peut représenter un modèle enseignant, au-delà là encore de son suivi très étroit, dans son tunnel d’indication de type médical strict. Quelles conséquences ? Il est bon de connaître la médecine, sa pratique, et son évolution, mais dans le sens de l’élargir sans la méconnaître. Il est bon également d’élargir les conceptions que l’on a et peut se faire des relations entre le corps et l’esprit notamment. Et de voir et tenter de comprendre, quelles voies et schémas, elles réalisent. On arrive ainsi à une plus grande conscience, dans un champ donné, des échanges, et de l’entre deux des échanges, qui s’effectuent entre une personne, comme corps, entité, et entre elle et son milieu. Et nous donne une leçon, que l’on ne connaît qu’en forme de tunnel de temps.

Vous me direz qu’on n’a pas l’habitude de penser ainsi. Qu’on attend la suite ou qu’on voudrait bien une forme de point de chute. Je pense que c’est ainsi qu’on se met en route et qu’on allume l’esprit. Mais très souvent les personnes sont prises dans tant de pressions, d’urgences, de contraintes compactes et de routines, qu’elles n’ont pas ce temps. C’est un peu aussi comme si vous vous surpreniez en train de penser quelque chose. Ce qui est souvent vite condamné ou détourné dans les conceptions de temps utilitaires très programmés qui sont courantes. Je répondrais pourtant que c’est déjà un bon écho. C’est parce que je me suis aperçu que je pensais ainsi, en forme de présence et de double écho, de présence et d’écho, que je peux et ai pu développer cette manière d’être et de penser. Cela m’a valu pour ma part d’être considéré comme un peu à part, ce qui n’est pas toujours facile, mais cela ne m’a pas empêché d’être dense et scrupuleux, et de faire face à mes obligations avec ardeur. La chose et le phénomène en soi peuvent donc être utiles. Je me suis résolu à en suivre le cours, dans une envie d’aide et d’accomplissement de relation à autrui et à l’environnement.

Ce champ des réalités me paraissait convertible, de plus, en champ de connaissance et plaisir de connaître. Je me suis aperçu ainsi, selon ce modèle d’onde et d’écho, qu’on pensait selon des modèles divers, des écrans, et des influences qu’on reçoit de diverses parts, et dont on est le lieu et la somme. Je me suis aperçu ainsi, selon ce modèle d’onde et d’écho, qu’on pensait selon des modèles divers, des écrans, et des influences qu’on reçoit de diverses parts, et dont on est le lieu et la somme. Je me suis questionné sur ce que j’en faisais moi, à ma façon. Je me suis rendu compte des transactions internes implicites et explicites, propres à ce champ. Et de la traduction qui pouvait s’en opérer, sous la forme de paroles et de dialogues implicites. De ce fait, cette façon d’être conscient, ou pas, en potentiel à l’intérieur ou à l’extérieur de soi, nous façonnait en rapport avec des contextes traversés et des circonstances diverses, la somme ou la synthèse se réalisant au-delà des apparences pour composer qui nous sommes. En conséquence de quoi, il nous faut tenir compte de l’épaisseur et de la chaine des conséquences. Un jeu de symboles et de conséquences le permet, sur le modèle par exemple du « si …., alors cela est ce qui est maintenant ». Le temps dans sa force de changement et d’évolution est implicitement modélisateur. Il échappe à la conscience réduite de fixation de la conscience du temps, qui mime tant le tragique que l’attachement. Se profile dans la durée, une forme de conscience d’évolution de l’espace et du temps, et du temps conçu comme de la durée et une longueur d’espace. Cette notion, dans sa longueur ou étendue, sollicite aussi de l’intuition. Car sans mettre en route les ressources d’intuition, il est très difficile de découvrir et de prévoir. Cette intuition joue alors un rôle comme une force et une ressource dans les nécessités d’adaptation, qui n’ont pas de rationalité restreinte. Le hasard retrouve alors sa forme d’intérêt et de compréhension, dans des formes et formations de modélisations. La modélisation fait ainsi partie des formes en route de la vie et permet de voir et comprendre plus large dans une perspective de prospection non assurée.

Décomposition de ma théorie au-delà
de la surface des choses

Le modèle de mon besoin et de ma pensée s’est affirmé comme un besoin d’explorer en forme circulaire. Et pour cela de pouvoir observer et ramener des données de différents points de vue, révélant ainsi les épaisseurs.

Mon processus de modélisation m’a amené à considérer les dimensions de l’épaisseur et du temps en soi, derrière les couloirs de l’apparence et de l’actuel. Mon processus de modélisation m’a amené à considérer les dimensions de l’épaisseur et du temps en soi, derrière les couloirs de l’apparence et de l’actuel. Il a demandé du temps. Il est le fruit de toute une évolution. C’est là comme un échange et une accumulation, dont on ne se rend souvent pas compte. De la même manière, j’ai été amené à élargir considérablement les espaces implicites dans ma façon de penser et de concevoir, en rapport avec la scène du maintenant. Et de m’accorder aussi des espaces du possible, face à ce que je ne comprenais pas, ou que j’aurais été incapable de comprendre au démarrage. Y compris dans des domaines où il fallait que j’ai absolument recours à de l’aide et des compétences extérieures. C’est devenu une forme de systématique dans mon attitude et ma pensée. Ainsi, j’ai décomplété dans une conception d’élargissement général. Pour dénouer les projections locales de maîtrise induite ou jouée dans les relations. Et pour fuir les formes d’orgueil de la prestance. Cette forme d’attitude et ce modèle de compréhension m’ont offert un champ de compréhension bien plus puissant dans le champ de la psychanalyse et des thérapies de l’esprit. Cela m’a ouvert des espaces de savoirs, en forme de possibilité d’ignorer, de ne pas connaître, ou pas encore. L’enjeu formel et d’entendement a été considérable.

J’ai pu tracer des espaces potentiels et être en contact avec ces objets de pensée. Objets dont je parle mais que je représente en potentiel. Prenez l’exemple d’un enfant qui ne parle pas encore avec de belles phrases fluides et intégrées, en contraste avec les adultes autour de lui, qui se penchent sur lui, et qui s’adressent à lui et se comportent comme des metteurs en scène sociaux et des perroquets savants. Je n’évoque même pas ici le fait de parler. Et bien, observez l’apparence de ces adultes avec les enfants. Et leur attitude et spectacle conférés par la maitrise relative de la donne. Qu’est-ce que cette scène évoque en vous et par écho ? Laissez reposer, ne parlez pas tout de suite. Puis laissez remonter vos émotions et sensations. Extrayez-les et comparez-les avec ce que votre position d’adulte et de maîtrise, en apparence coutumière, vous laisse percevoir. Une gêne s’installe-t-elle ? Imaginez maintenant la façon dont le spectacle muet du monde des adultes agit sur l’enfant. Apposez-y le désir de perfection de l’adulte, et l’accordance de surface que cela suscite. Ajoutez-y encore, comme en cuisine, l’ingrédient qu’il faut pour que cela convienne à ce regard paranoïaque général dont on vous parle, pour n’y trouver ni faille ni défaut. L’expérience peut être délicate, car la pellicule du maintenant et des usages et attitudes réflexes, de protection et bouclier, et de taille des comportements externes, est venue recouvrir ce qu’était le monde d’avant. Mais l’écho, tel une belle apparence et miroir de bonne maitrise et déroulement de la scène peut se fissurer cependant. Pour complexifier un peu plus et faire comprendre, je vous mets à présent un observateur, neutre et distant, qui se laisse toucher par la scène, le contraste et l’écho. Que se passe-t-il ? L’observateur de ce qui a été, l’objective, comme un objet externe difficile. Dans votre codage, admission, et contemplation de l’enfant et tel qu’on est avec Voilà pour évoquer et introduire ce que j’appellerais, le « monde des intermédiaires et des accords ». lui, il faut que cet enfant ne soit pas vous. Quel écho et maîtrise de l’adulte que vous êtes maintenant, et de l’écho en vous, cela appelle-t-il et réveille-t-il du petit enfant que vous étiez et comme vous l’avez été ? Cet écho ne peut que recevoir la médiation concrète d’un autre enfant, pour vous mettre en rapport et en écho avec l’enfant que vous étiez. Voilà pour évoquer et introduire ce que j’appellerais, le « monde des intermédiaires et des accords ». Que cache le spectacle du monde dans l’image de ses surfaces et de ses miroirs trompeurs ? L’image d’un monde où l’on ne vous tend que le piège et le défi de la perfection réalisés ? Une conscience et spectacle du monde des adultes qu’ils aiment se donner et jouer, dans leur rôle de témoin et d’acteur ?

Il y aurait là beaucoup de choses à dire sur cette surface qui cache de l’épaisseur. Notons déjà que :

  • On observe des sentiments et des harmonies sociales, de bonnes conduites sociales tout en surface, qui « jouent les sentiment »,
  • Que la chose pensée dans son ensemble n’a pas grand-chose à voir avec leur résonnance et leur besoin d’accord,
  • L’harmonie des échos et des bonnes mises en forme internes, n’est pas un spectacle et un m’as-tu-vu externe,
  • Les formes externes réalisées sont par contre des modèles précieux fournis, dans l’art de montrer et d’externaliser,
  • On rejoint par là le domaine spécial des besoins de l’art et de la création et du génie de la sensation par l’intuition et le geste,
  • Par l’apprendre et l’exemple,
  • L’adulte qui a pris les habits du maître et juge de paix social, a abdiqué au profit des formes imposées où il s’impose dans sa cérémonie sociale et sa préoccupation des mises en scène.

Cela impliquerait que l’adulte, ancien enfant, doit convenir de ne pas avoir oublié l’enfant en lui, ni de jouer les adultes comme une caricature sociale. Mais ce qu’il faut retenir surtout chez l’enfant, en parallèle de cela, c’est son imagination en éveil et ses formes particulières d’exploration. Et ses potentiels multiples. L’enfant pense en terme d’objets tant réels qu’imaginaires, ou disons imaginatifs. L’enfant vit dans un lien, ou plutôt un attachement, au sens éthologique du terme, aux choses et aux êtres, ce qui représente en soi une forme émotionnelle positive et sensible, et au sens le plus primaire et fondamentale qui soit. On ne peut douter ici de la naturalité du biologique. Mais on n’y accorde pas assez d’attention, bien que cela commence et de façon forcée, grâce aux questions posées par l’écologie. Car ces êtres, dans leurs formes et émotions à peine saisissables au cœur du vivant, ne parlent pas. Elles sont en leurs formes et agissent ainsi. J’ai donc conçu de prendre ces formes, à l’image de celles de l’enfance, de façon méthodique et sérieuse, et comme des formes de conception en soi. Comme de outils pour concevoir et se concevoir. Et de coder les émotions, les conceptions, impressions et impulsions émergeantes et immédiates. Cela de façon totale. Pour moi, c’est du fonctionnement cérébral en soi. De là, on peut élargir. Comment une personne sait-elle ce qu’elle pense et comment et à propos de quoi le pense-t-elle ? Quel est le statut de ce qu’elle connaît et comment tente-t-elle de l’appréhender ? Qu’est-ce qui est essentiel et donc d’intérêt et de conception vitale, pour la personne, dans ses formes de croisements, de transactions et de maturation interne, et tel qu’elle est et à sa façon propre ? Et comment prend-t-elle connaissance de cela en dimension en propre? Et avec quel type de langage se créant, se sécrétant, s’instaurant, s’usant et ayant besoin de se créer de nouveau ? Il s’agit d’un exercice difficile. Celui de concevoir les choses dans leur état vivant.

Traverser le mur des censures pour dire à l’autre

Pour dire et exprimer, il nous faut traverser beaucoup de murs et de censures.

Quels sont les mots qui servent à dire, penser et concevoir ? Et même à imaginer et supposer, pour que cela ait un sens, une portée essentielle ? Comment penser et donner sa place à « la fabrication sociale » ou à l’homme en modèle société, sans qu’il ne soit dénaturé dans ses besoins psycho-sociaux ? Comment prendre en compte les besoins et données essentielles et primaires du fonctionnement du corps et de l’esprit dans ses formes et expressions, etc. Pour penser et concevoir, il faut descendre ou pouvoir redescendre au plus bas. On emploie souvent le mot de création, avec des mots qui font convenance, et s’adressent à l’imagination sociale, en forme de rêve et d’exposition. On sublime et célèbre collectivement les formes d’exposition. Or la vraie question à se poser, pour revenir au plus simple, est de savoir quelles sont ces unités de conception potentielles qui nous rendent capables de ceci ou de cela ? Qu’est ce qui a permis à nos devanciers d’être créateurs avant nous ? Qu’est-ce qui nous fait considérer que les choses existent et ont un statut publié ou affiché au dehors ? Cette question est plus redoutable qu’il n’y paraît dans la constitution de ce qu’on considère maintenant comme officiel et public. Pensons à tout ce qui dérange, en forme de pensée sociale architecturale dans le monde des apparences qui fabrique du lien. Quel est le besoin de l’impulsion de dessiner, écrire et exprimer, et comment cela se traduit-il ? Comment envisager l’ensemble des choses, alors qu’il ne semblait pas pensable qu’elles puissent exister, ni non plus se concevoir ? Nous sommes là face à un bloc, une épaisseur et un mur tel que le terme de refoulement de Freud ne suffit pas à l’expliquer. Sans remonter forcément à l’histoire de Galilée et de la pensée commune conforme à la doxa du moment et de ses formes, on peut déjà penser à l’extraordinaire conception des nombres dits imaginaires, par exemple. A ce que Pasteur à dû surmonter dans ses travaux, comme hostilité et opposition lourde. Nous pouvons être heureux qu’il ait été protégé contre ces forces obscures et sociales de surface. Pensons à tout ce qui dérange, en forme de pensée sociale architecturale dans le monde des apparences qui fabrique du lien.

Pour ma part, j’ai constaté que pour penser, j’étais constamment obligé d’inventer et de m’inventer. Et d’inventer ce que je comprenais et comment je le comprenais. Ou du moins, j’étais obligé à chaque fois de me renouveler. Cela implique une communication et une traduction non évidentes et invite à poser la question suivante : Que voulez-vous dire, tout de suite et maintenant ? Comment le dites-vous ? Ce qui, traduit en forme de langage externe signifie : Que voulez-vous et de quoi avez-vous besoin ? Comment dois-je traduire mon besoin ? Dois-je le faire dans les formes qu’on m’impose comme correctes et compréhensibles ? Oui, bien sûr, mais c’est là une réponse à une forme d’apprentissage et de dressage pour enfant. Cela ne rend pas compte de comment il faut demander et s’exprimer. Cela le ruine et le limite même. J’ai compris que ce n’est pas avec cela que je conçois, apprend à concevoir et emmagasiner, en forme de gravure et d’engramme de mes expériences. Et vous non plus, je le pense. Cela ne tient pas compte de la réalité, dans une grande part de son existence, et cela a même tendance à la figer ou la nier. Prenons un exemple tiré de la psychanalyse. D’un côté, vous avez la traduction publique en mode d’écriture et de pensée adressée que conçoit et réussit à construire Marie Cardinale dans son très beau livre, « Les mots pour le dire », qui a été publié en 1975. Ce texte est annoncé comme un roman autobiographique. On peut en contester le mode de titrage et d’annonce. Mais pas le fait que l’auteure ait dû aller chercher des mots pour le dire, et ait ainsi remanié le rapport à son corps et ce qu’il est et était dans ses résonances pour son esprit. Cela valait bien un texte, ai-je bien envie de dire. Nous sommes là devant un corps, en risque et danger de maladie et d’opération. Les mots ont bien été conçus, en partie, comme de l’affichage, du publiable, pouvant être entendu et compris par d’autres. Les autres figurent ainsi comme un mur ou une arène d’entendement, un lieu où exprimer, au-delà du public convenu, commun accordé. Mais auparavant, les paroles de l’auteur ont transité et se sont formées avec quelqu’un, à priori le ou la psychanalyste que Marie Cardinale a trouvé et qui lui a servi de relais, d’appentis et d’appui fondamental. Appui pourquoi et vers quoi ? Dans le besoin de quel passage et transit ?

Avec ce texte, nous sommes devant le fondement et la représentation d’un entre-deux, dans un nouvel espace d’être et d’exister, pour se former et se transformer. Marie Cardinale s’y est embarquée avec foi et courage. Ce que son livre respire. Il s’agit d’un courage, tant pour dire que pour vivre. Mais aussi pour écrire et avoir écrit et avoir lâché derrière soi, ce qui, en bien comme en mal, s’égalise pour créer des fondements. Je n’emploierais donc pas le mot « publier », trop social et impliquant des intermédiaires, ni son sens de fabrication, et je le remplacerais volontiers par celui de « publiciter ». C’est-à-dire, faire connaître et savoir d’une certaine façon, au-delà de son espace proche, enfermé et confiné. Faire savoir et connaître devient une forme essentielle, un geste d’humain adressé à d’autres humains vivants. C’est un porté à l’attention qui exprime sa nécessité. Il est adressé à d’autres, ou quelques autres, qui peuvent connaître et comprendre et qui de ce fait font chaine. Ce qui fait chaine est de ne pas ignorer, ou de ne pas avoir ignoré. Il s’agit là d’une médiation indispensable vers le savoir. On voit là toutes les épaisseurs et dimensions des savoirs et du faire connaître qu’il faut pouvoir prendre en compte, et comme une nécessité de réinventer l’histoire. Mais aussi les obstacles et le monde des censures traversés et à traverser.

Concevoir les formes de la censure

Censures, entraves, empêchements, conditionnements, voilà des mots pour designer des types d’entraves et de conditionnement mental. Dans leur profil et constitution d’images, elles donnent l’image d’un pouvoir royal et souverain potentiel et dangereux sur plusieurs plans. Y compris comme expérience historique archaïque. Image et chaine de censures, dans lesquelles on peut être immergé et intégré ou partie prenante. Ces censures illustrent, imagent et ont des effets. Je ne vais pas évoquer ici la chaine et les types de conséquences et ce à quoi elles servent. Mais signaler déjà le fait que ces choses interviennent « dans la fabrique de son esprit et les liens sociaux d’une société ». Cela a valu pour la science, comme pour beaucoup de découvertes, mais aussi pour les hommes du commun dans les sociétés humaines et leurs besoins de se débrouiller avec beaucoup de personnes, de choses, de dispositifs et d’institutions. C’est tout cela, dans son étant et ses états, son monde et mode d’artisan, et dans son révisionnisme social ou politique, que je me suis efforcé pour ma part de considérer et concevoir comme une matière, un fait. On forge petit à petit « son code de route existentiel ». Voilà ce qui m’a guidé, de l’intérieur et de l’extérieur. Sachant que certains contextes sociaux sont bien plus terribles que d’autres. Et que de nos jours et dans notre pays, on peut dire sans risquer de sanctions graves. Ceci étant ce que j’avance peut prêter à confusion. Pour la raison qu’on ne peut pas afficher en toute bonne foi, une vérité radicale sur quelque que si cette chose est désignée. On peut croiser des faits, et on en déduit quelque chose. Comme si on établissait des index. Comme ce que je dis ou j’avance également ne peut-être exempt de ce qu’on appelle une contradiction. C’est une question de modèle, selon moi et pas seulement d’idée. Ainsi, un modèle peut être compris sur deux niveaux. Ce qu’on trouve en arrivant, existant déjà, et comme forme de trace en quoi et à quoi on va se conformer et faire avec. Mais aussi ce qu’on trouve, mais dont on doit constituer à partir de là, des outils à son usage. Le modèle réalisé là me paraît alors implicitement différent.

Notes :

  1. Se reporter pour se donner une image de fond aux questions et recherches concernant l’exposition du cerveau de l’enfant à des contextes de langues différentes, de développement de l’enfant et du bilinguisme. Par exemple : http://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2006-2-page-29.htm
  2. Voir aussi : Conférence internationale OCDE/CERI « Apprendre au XXIe siècle : recherche, innovation et politiques ».

Images de langage, formes d’expression et capacités
d’aller chercher pour dire et rapatrier l’être là

Avant de pouvoir accéder à la réalité implicite du patient, il faut pouvoir régler sa position de thérapeute très en arrière fond de soi.

Je veux utiliser un langage, qui dans son nœud, rassemble et contient une expérience et une pensée implicite me concernant, moi, ma pratique et ce que je conçois. Il s’agit là d’un langage qui est et exprime une image d’expérience. Je pense à partir de là où je me situe, et dans une forme implicite de connaissance et de fréquentation. Mais là encore la question du modèle s’interpose. Car je suis connu par un certain nombre de personnes et reconnu depuis longtemps. Je veux dire par là qu’il y a un balcon ou une plateforme réelle et symbolique à partir de quoi je me connais et peux concevoir ce que je suis, et comment je conçois. Ces personnes sont et représentent une forme d’intermédiaire essentiel, dans la construction de ma conscience et de la conscience de soi. Je pense là dans la dimension de l’étalement de la réalité physique du temps. On peut appeler cela une construction prospective, où on se suit et se poursuit.

Mais on peut envisager aussi la construction et le modèle d’évolution autrement. A savoir selon des circonstances différentes et variées m’obligeant, à minima, à du changement ou des formes de recyclage. Ce modèle réalisera donc une autre figure. Je parle et pense alors à partir des lieux et circonstances que je croise. Comme le déplacement sur une « pelure » ou sur une « écorce de terre ». C’est à cela que je m’intéresse le plus et m’attache. Cela décentre complètement de la pensée commune et statique, dans laquelle on convient de soi et des choses communes. Cela amène à penser, dans des espaces ouverts ou toujours dehors. Mais vous verrez aussi que dans le monde du maintenant, et de vos propres scrutations, il y a ce que vous ne pouvez pas dire, ou pas tout de suite, pas sur le moment. Et non pas concevoir non plus. Et il y a ce qu’on peut dire, ne pas dire, et qu’on ne peut même pas concevoir de dévoiler et de se dévoiler. On parlera de pudeur au sens d’un autre, mais c’est plus que cela. Comment se traduit alors ce qu’on ne peut ni dire ni penser tout de suite et sur le moment, comme sous forme de censure totale et d’interdit public ? Ou comme étant non concevable ?

Pour le comprendre, il faut pouvoir voir des espaces très en arrière fond de soi et de ses prévisions. Car parfois on est en arrière fond et en disposition d’espace intime de soi, et de non conception, mais comme proche d’une autre présence. On est ainsi en position probabiliste, sans s’en rendre compte. On rencontre une barrière réelle et imaginaire, à acclimater. Les personnes jeunes, par exemple, qui se mettent à vivre en couple et en expérience intime et exposition de leur corps, connaissent ces phénomènes internes, intimes et d’acclimatation. Bien des choses peuvent se ressentir dans ces formes de transactions de vie, et cette acclimatation au quotidien, mais ne se parlent pas. Le mode de langage du totalement implicite, qui se sent mais ne se dit pas, m’a beaucoup questionné, ainsi que ses formes d’émergence et de traduction. C’est là une forme d’impensé, en forme de corps, de perception, de connaissance et d’instinct, bien réel dans son expression. Le mode de langage du totalement implicite, qui se sent mais ne se dit pas, m’a beaucoup questionné, ainsi que ses formes d’émergence et de traduction. C’est là une forme d’impensé, en forme de corps, de perception, de connaissance et d’instinct, bien réel dans son expression. Je me souviens ainsi du dialogue entre un chef de clinique et un interne, devant le lit de réanimation d’une jeune femme. L’interne, voyant que la patiente n’avait pas assez uriné, et en bonne conscience de sa santé, avait enjoint la jeune femme de le faire dans le bassin mis à disposition dans son lit. La chef de clinique, parce que c’était une femme et qu’elle pouvait se mettre à la place de la patiente, et pas seulement comme médecin, et en raison de son expérience, avait dit alors à l’interne : « si tu veux qu’elle puisse uriner pour répondre à ton injonction, tu ne dois pas rester coincé à proximité d’elle, en la regardant et en lui parlant ». Voilà une phrase qui exprime une connaissance et perception bien perçue et à propos. C’est ce genre de dimension totalement implicite, dans sa qualité, que je tente de prendre en compte, dans l’espace des présences.

J’ai tenté de m’attacher aux différentes formes de situations d’être, de corps et d’esprit et de voir en quoi et comment elles ne pouvaient absolument pas être conscientes, au sens de la conscience imaginaire commune immédiate, ou du point de vue de la conscience externe d’un autre ne pouvant pas imaginer, d’où il est ou comme il est, comme « de chez lui ». Pour se faire, j’ai décidé de créer une société, que j’ai conçue comme un lieu ou espace intermédiaire, capable de recevoir toutes les différentes formes d’être, dans leur couloirs de la vie sociale, de souffrance, de mal être et de rupture et interrogations sur leurs parcours. Cette forme m’a aussi beaucoup aidé en retour. C’est cet espace de conception et de transition réelle que je voulais construire, dans la pensée, « des itinérants et intercurrents » de la vie, psycho, bio, et sociologique. Car notre conscience et nos modes de consciences, d’appropriations, dépendent aussi beaucoup de nos modes de liens et de nos fréquentations, dont l’appropriation de nos circonstances. Ces espaces intermédiaires sont des formes de médiation en soi. J’ai donné forme à ma conception, en la construisant dans mon esprit, contre les conceptions communes, les rudes préventions, les formes de conceptions et les usages établis, et leurs normes d’ancrage obligé. J’ai voulu échapper au monde codifié, comme de l’entre soi, de la médecine, psychiatrie et psychanalyse. La psychanalyse était pourtant ce qui invitait le plus à la recherche et au concevoir. La limite que j’y ai vue, était de se concentrer trop sur le retour clinique, sans tenter d’élargir ou de faire entrer le monde du dehors. Françoise Dolto a tenté d’y échapper, en s’incarnant dans sa conception et pratique de femme soignante et itinérante. Il lui a manqué, un peu de savoir et de théorie. Mais là n’était pas sa voie. En revanche, quelle force de courage et de vie et quelle droiture dans sa façon d’être, extra politique et institutionnelle ! Quel exemple en elle-même !

Pour résumer, je dirais donc que je parle d’un inconscient situationnel, qui englobe une part des situations dans lesquelles on se trouve. Et qui implique l’Inconscient lié à nos capacités et compétences sociales, « soit l’inconscient structuré comme un langage », pour le dire selon la formule de M. Lacan. Mais qui implique aussi la cause ou la causalité qui est soi dans ses circonstances. Et aussi, et encore, la lucidité pour le mettre en forme, et pouvoir l’exprimer. La conscience et l’aller chercher « des mots pour le dire », et le pouvoir de les exporter, comme faits et comme conscience.

Invitation à penser votre parcours jusqu’à moi

Il est temps à présent de vous expliquer ma méthode de modélisation, et de l’illustrer. Illustrer revient à donner des formes, comme un dessin ou une bande dessinée de la réalité, et de lui accorder des formes de vie. Mais ces formes sont aussi des exemples : elles montrent quelque chose. Les choses se montrent et se dévoilent, avant que d’advenir à l’état d’être connues. Essayons donc de suivre, comment cette forme engendrée ou existante, se construit « à partir de sa caverne », en image, et dans son mode et monde d’être. Imaginons la puissance du concept et de la chose, et de son image sur nous, plus son illustration. Comme une sorte de cinéma en soi. Cela revient à mettre des sous titres ou des paroles, sur des images. Ces images attendent comme du parlant ou des panneaux au dehors. Des signes connus. Ou encore les paroles-sons amalgamés aux images dans leur global, en forme de semblant. Donc : sonnez, entrez, et vous verrez… Ici on parle, et on se met à parler. Là est le lieu de la parole comme devant se concevoir en ses croisements et recroisements. Et se recevoir dans l’antre de la caverne du receveur que vous êtes. Je citerais Freud dans une traduction libre : « Là est le lieu où cela se conçoit et où la conception doit commencer ». Je commence toujours comme cela, par le commencement, en moi, en pensée vers les autres, et « comme tiré de mon chez moi ». Donc, commençons. Vous m’appelez. Vous souhaitez obtenir un rendez-vous. « C’est pourquoi ? » Vous avez du mal à m’expliquer ? C’est normal. Pouvez-vous faire un peu l’effort ? Ah ! Vous avez peur de me prendre mon temps déjà et de prendre le vôtre ? De le perdre en vain ? Vous allez tenter de m’expliquer et de vous expliquer, vous, en même temps. Voulez-vous bien me faire une petite rédaction et m’écrire un mail ? Cela m’aidera. Vous me demandez où j’habite précisément ? Je comprends. Mais vous-même, vous venez d’où ? Quel sera votre trajet, votre effort de déplacement ? Attendez, je prends un instant pour le noter et m’en rendre compte. Il faut se fixer. Il vous faut à présent connaître les tarifs, les prix, les conventions, les prises en charge. Je le comprends. Je vous expliquerai tout cela bien sûr. Comme vous, j’ai besoin de travailler. J’ai des budgets à tenir, des choses à quoi je tiens. Il en va de même pour l’entreprise que je dirige par ailleurs. Ce sont des soucis normaux. Je recommande aussi à mes collaborateurs, et dans leur domaine, de tenir compte de toutes les réalités des personnes, et d’en faire « une petite carte ». Mais aussi pour eux et en lien avec leurs besoins. Cela fait partie de la façon de concevoir ses nécessités, en mode concret et en forme noble pour soi. Vous me comprenez ? Fort bien. Merci. Ne vous pressez cependant pas de conclure, car il faut que vous preniez à présent la mesure de ce qui vous convient. C’est important et de part et d’autre, savez-vous. Merci d’en prendre compte et de ne pas vous lier ou vous sentir attaché d’emblée. C’est pareil de mon côté. Vous savez bien que certains liens sont des entraves, n’est-ce pas ?

On comprendra ce langage dont la visée est de désamorcer la fabrication de symptômes et des formes d’imaginations construites sur le modèle de craintes et d’images négatives, ou de savoirs qui font peur et autorité. Bref, tout ce qui fait carapace en mode standard. Il s’agit d’une sorte de prévention. Difficile de décrire cela et d’expliquer les « dénouages » potentiels à l’intérieur des nœuds de préventions et préjugés. Il s’agit là de l’envers d’une conviction ou d’un besoin de sécurité absolue et programmée. La grande difficulté est de se situer et de faire se situer autrui comme une personne, au-delà de son imaginaire et ses préventions. Cela dans les conceptions de l’humain qui est soi, pour revenir à des bases, et pas seulement l’homme pris dans ses systèmes et en mode machine et de servitude. Ce qui demande aussi de sortir des conceptions trop générales et trop généralistes, qui exemptent d’un travail de réversion et de transformation accompli sur soi. Ce mode de travail est une forme de « croisé à distance ».

Je guide ainsi la personne, quand elle prend rendez-vous avec moi. Je m’enquiers de son trajet, son mode de transport, etc. Je lui facilite le confort de l’arrivée devant ma porte de salle d’attente. Je conceptualise avec elle, au possible, son trajet et chemin potentiel pour le tracer en potentiel et virtuel dans l’esprit. La réalité n’étant pas qu’une imagination ou une forme de psychologie personnelle, elle demande à produire et se rendre compte de sa conception des formes, pictogrammes de conscience, et de parcours. C’est là comme une conversion en image, à venir jusqu’à moi, à laquelle doit se joindre l’idée et l’image de ce qui commence à parler du fond de la personne. Je m’enquiers aussi de qui l’adresse ou la recommande à moi, soit du relais humain, ce qui est essentiel et qui vaut plus que des règlements. J’exprime qu’elle a de la chance d’être recommandée et accompagnée en forme d’amitié et d’attention. Cela fait partie de la sortie des formes d’anonymat de la vie sociale et mentale, dont notre société est si friande, et de lester la personne de ses recommandations et médiateurs humains. Ceux-ci sont essentiels. Chaque thérapeute possède sa façon de recevoir, en mettant en forme et en accompagnant la personne, pour lui faciliter l’accès à vous et à sa propre présence également. Chaque thérapeute possède sa façon de recevoir, en mettant en forme et en accompagnant la personne, pour lui faciliter l’accès à vous et à sa propre présence également. Dans mon modèle et ma modélisation, il faut prendre en compte la présence de la personne, dans sa réalité et présence. Ce que je peux reprocher au modèle de la psychanalyse, c’est la conception générale répandue du modèle du parler sur le divan. Je considère que c’est possible. Mais une autre dimension est à prendre en compte, dans sa formation, et la mise en forme des réalités. A savoir la présence de l’image réelle qu’est la personne en présence du psychanalyste. Et l’effet réel que sa présence exerce et peu exercer sur celui-ci. Comment traite-t-il cela ? Et quel est l’effet que lui ou elle exerce dans sa présence en son lieu et espace sur la personne présente qui consulte ? Puis encore au-delà, dans la constitution du modèle grandeur nature et réalité que cela constitue, comment se constitue le tunnel des interactions, le filtre des échanges ?

Cela est une description de la contingence des effets, en termes de faits et de réalité. Mais si on parle maintenant en terme de contenu, on peut noter que beaucoup de personnes demandent ce qu’elles doivent dire ou ne pas dire de leurs séances, aux proches, inquisiteurs anxieux ou contrôleurs. Elles expriment par là un besoin ou nouvel état. Il faut donc le concevoir comme tel. Les psychanalystes ont inventé un terme technique pour baptiser ce qui est une forme de détournement de ce qui doit se jouer dans le cadre de cette relation spéciale, et qui aurait dû se jouer entre la personne et le psychanalyste, dans l’espace de « caverne de fomentation et conception », mais qui se déroulait ou se déversait au dehors. Ils ont appelé cela le « transfert latéral ». Ce genre de concept technique et de boite à outils peut servir à un tas de choses, dans la forme des attendus à convenir. Les questions en cours, implicites et en transit, sont bien plus importantes, dans leurs modes de croyances et de conceptions des réalités, et en termes de concept et réalité. Il faut défaire là aussi le happening du systémique ou la fierté de « se penser concept » et en concept. Ce que peut demander la personne peut être une recommandation, qu’il est préférable de ne pas tenir pour tranchée. La demande de prescription et la prescription se préciseront avec le contexte et sa pratique. La vie est une forme de concept en soi. Je remercie et salue donc à distance la personne qui la recommande à moi et m’honore de sa confiance. Ce qui me met aussi en « espace de petite dette », dans la transaction de mes représentations. Car là, au-delà des facteurs sociaux et de leurs fabriques, et modes d’accords implicites, il y une part d’humain, essentielle à actualiser. Sinon je m’enquiers de ce que la personne cherche en aveugle et tente de trouver. Si je peux rendre service, je le fais et indique comment. Comme des pères ou des mères qui téléphonent en urgence et en happening de leurs urgences, pour un rendez-vous urgent pour leur enfant.

C’est là un exemple de choix et d’espace de liberté qui se construit, et que je m’accorde et tente de répercuter, qui n’est pas seulement octroyé et qui ne se taille pas que dans la rectitude du convenu. Je me l’octroie comme espace interne/externe, et à deux faces, comme un recto verso, mais pour faire que l’objet soit d’une pièce. L’objet et l’objectif étant dans leur conception et assemblage, de mieux recevoir et concevoir. Et cela dans le proche et le plus lointain. Et donc dans l’imagination du négatif, comme de la distance. Ce qui est proche alors se traduit et devient « langage de l’esprit ». Celui-ci s’accorde alors à un corps. Tout se construit en se déconstruisant d’abord. Tout se construit en se construisant et reconstruisant sur son chemin, mais il faut en donner le top du départ et des repères et des signes d’expression. Il faut s’habituer à penser comme on penserait en se localisant ou relocalisant sur un territoire et en mode de rappel, comme en montagne. Langage miroir, langage miroir et carte, sécrété par l’esprit et ses besoins, en retour sur soi et sur ses conditions. Langage en mode miroir et carte reconvertie en imagerie interne qui trouve sa forme dans l’expression. Langage dans l’aventure de quoi, il faut s’avancer et gagner. Je vous introduis et vous fait avancer ainsi un peu dans le territoire du langage, des expressions des distances et de l’extérieur où se joue cet enjeu des modes de traduction. Cette « chose concept » et ce langage, ont besoin de naître et d’éclore au-delà des vases clos de l’imaginaire et de la rationalité immédiate, mentale et sociale, faite de peu de médiation et de peu d’envie ou de foi.

Sur les traces de l’épaisseur : pensée et présence

Rien ne s’est constitué en un jour. Et tout s’est constitué comme une prémisse de quelque chose qui était déjà là. Ou sous la forme d’un être déjà, et dans son émergence. Les choses et les formes prennent la figure de préfigurations, dans des formes de traces et d’existence. Comme va vous parler une trace sur le sable, sur une plage solitaire. La condition soudaine de reconversion de Robinson Crusoé parlent et vous parle plus, de l’au-delà de ses formes et de ses traces, en forme primitive, que bien des conversations. Il en est de même pour ce conte et forme de mythe de retour moderne que trace par exemple la création de la figure de Tarzan, mythe propagé par Hollywood à partir du roman d’Edgar Rice Burroughs. Au-delà de la logique du raisonnement et des apparences, se tient l’écran de nos impressions. Ce qui donne forme et écho à d’étranges enregistrements. C’est là plus comme une logique de la figure et de ses implicites. Notre esprit est capable d’enregistrer et de comprendre en mode instinctif et en pellicule émotionnelle. Notre esprit est capable d’enregistrer et de comprendre en mode instinctif et en pellicule émotionnelle. Nous sommes là alors comme devant prendre au sérieux une logique temporelle, et ce qu’elle porte et nous apprend dans ses formes et profondeurs. Certes dans des formes qui sont de l’histoire et qui produisent de l’antécédent et du précédent, mais aussi nous mettent au centre de faits qui nous dépassent. Nous en prenons connaissance et nous en réalisons le fait et la portée comme reculant précisément dans le temps, ou pouvant considérer le temps comme une dilatation et un espace bien plus élargi que nous ne l’imaginions dans notre occupation locale et présente. Je vais en donner deux exemples de ce changement de dimension et d’échelle comme pour nous accorder, à travers deux formes d’évènements générationnels et condensateurs de ma propre vie, en forme de choc déclencheur et réalisateur, à peine croyable sur le moment.

Je connaissais de longue date, ceux qui ont faim et ne recevront rien, pas une miche de pain ou un regard, pour parodier Rimbaud. Des enfants livrés à la DASS comme l’était mon camarade d’alors, nommé Doyennette, et qui ne connaîtra pas son Charlot du Kid. Elevé seul avec un père qui buvait, décédé brusquement. Il m’avait appris à descendre à toute vitesse en glissant sur la rampe d’escalier d’un immeuble endommagé à Paris. Quand on est venu le chercher, personne dans ma pensée et amitié d’enfant, n’a rien dit ni n’a tendu la main. Se greffe et vient ici à moi une image et un tableau plus tardif s. Soit le souvenir d’un garçon que j’ai vu pris en sixième, comme bouc émissaire et déversoir de haine par un plus grand, et tabassé par lui, sous le regard placide et intéressé d’autres, témoins faisant cercle autour d’eux. Ceux qu’on appelait les pions n’intervenaient pas, comme blasés par la routine. Outré et tremblant de colère, je suis alors intervenu, du haut de mes douze ans. Les pions ont alors bien voulu se déranger, pour faire lâcher cette meute cruelle. Ces évènements ont du se cristalliser en moi pour qu’en troisième année de médecine, je m’élève vigoureusement contre un chef de service, aux manières insupportables, dans sa façon méprisante de pénétrer du haut de sa hauteur et son contentement social, dans une chambre où se trouvait un travailleur atteint de la terrible maladie qu’est la silicose. A l’époque, je m’en occupais souvent et accomplissais des gestes techniques comme des prises de sang pour mesurer les gaz. Je surveillais avec inquiétude et sollicitude l’évolution de son mal, dont celle de l’effet des antibiotiques. Quand je vis ce médecin en chef, caricature du genre, avec son soi et sa self suffisance instituée et autorisée, rentrer avec hauteur dans la chambre de ce pauvre homme. J’avais déjà bien ancré l’attitude de parler avec les personnes, de les considérer comme telles et de m’intéresser à ce qu’elles voulaient exprimer, à partir de leur corps, de leur être là et de leur état. Ce monde de rites et chosifications caricaturales m’exacerbait donc et pour moi la technique et le rang hiérarchique, ne légitimait pas la personne. Le langage et les pratiques sont une chose, mais les comportements en coupe réglée, en sont une autre. A l’époque tout le monde pensait, constatait et disait des horreurs sur ce genre de comportement, mais en à côté et sans risques, comme de bons réalistes. Ce genre de personnage sur le lieu de son théâtre était intouchable. C’est alors que devant l’aréopage ahuri, je me suis mis à regarder et répondre à ce chef de service, et lui parler comme à un homme du commun. Le regard direct ne se faisait pas. Je l’ai rappelé à plus de cordialité envers la personne présente, et lui ai enjoint de ne pas s’adresser à moi du haut de son importance. Ce chef est parti alors dans une colère terrible, en s’étranglant. J’avais réussi à dire les choses posément, suscitée par ma colère et mon agressivité, et en dépit de mon émotion. Je suis sorti. L’assistant, très brave et très dévoué, qui s’occupait de tout, m’a alors couru après: « va t’excuser, car tu ne le connais pas, il peut briser ta carrière ! ». Ma réponse, du haut de mes vingt-trois ans, a été : « Monsieur, je vous remercie, mais ma carrière ne m’importe pas. Ce n’est pas cela qui est important pour moi ». Pour situer, il était inconcevable à cette époque que dans le cours du cursus, on n’ambitionne pas une carrière hospitalière. J’ai accepté d’aller présenter mes excuses, mais sans abdiquer, en signe de respect et d’estime pour cet assistant et homme de bien. Voilà comment en mode de panneau de scène et tableau de vie, et de ses expériences, j’ai formé et forgé ma personne et ma personnalité. A partir de là, je me suis mis à parler et penser. Et je me suis promis de ne pas me laisser entrainer dans une carrière hospitalière et de ne pas me plier aux servitudes de cours, dont j’étais le témoin alors.

Ma méthode ou façon d’être et de concevoir est donc née d’un long travail et d’une longue décantation personnelle à laquelle je me suis attachée. Comment la nommer et la baptiser en une fois ? Elle a impliqué de trouver une forme de réflexion et d’accueil de la vie des gens. De dépasser les formes de consultations psychiatriques, psychanalytiques, et les formes de consultations sociales. De ne pas me contenter du langage des névroses ou formes constituées, pratiquées en compréhension intellectuelle, et sous forme de surface et d’isolement. De concevoir un univers de corrélations complexes, et de correspondances, où tout n’est pas joué d’avance. De concevoir l’espace du comment peut se jouer ce qui ne l’est pas encore, pour que ce ne soit pas une impasse et du définitif. D’avoir besoin de théoriser et de comprendre et de m’expliquer cela, même s’il était difficile de trouver des formes convenues pour le partager. De me comporter comme une sorte de soignant aux mains nues, au moins dans la conception. De ne pas craindre le doute par rapport à ce que je ne comprenais pas, ou pas encore. Et ainsi forger son audace et sa force sociale, hors des avenues constituées. C’est ainsi qu’une vie sauvée, un service rendu, un bon aiguillage, une bonne conception gagnée, sont devenues essentielles pour moi. J’ai longtemps eu la hantise de sauver quelqu’un et de ne pas le rater, en sachant comment la vie est à la portée d’un geste ou d’une peur. Je comprends pourquoi et comment maintenant dans mes grilles, au-delà d’une casuistique globale bien établie. Cela m’a permis aussi de comprendre beaucoup de choses sur et à partir du langage. J’ai compris des formes de codage, de perceptions, à l’intérieur desquelles le corps parle, dans ses dimensions, comme un être parle dans la personne ou au travers d’elle et dans le cumul de ses expériences. Je peux en parler de plus en plus simplement, mais aussi concevoir de plus en plus largement l’espace qu’il faut pour le concevoir. J’ai assemblé et collecté les expériences acquises, à l’intérieur de la société que j’ai créée, en grande partie seul, mais aussi avec l’aide de quelques-uns que je remercie chaleureusement encore aujourd’hui. Dans la grande scène ainsi constituée, j’ai pu diriger et concevoir, et voir venir des personnes, dans le courant de leur vie, et au travers aussi des dispositifs sociaux, accompagner ou superviser et encourager leurs accompagnements. J’ai pu réaliser des accompagnements exceptionnels, que je n’aurais pas réussi seul, et qui m’ont infiniment formé et enrichi, dans ce que je me suis donné comme challenge. Je regrette qu’il n’y ait pas plus d’argent pour former les personnes. Pour les former à la pratique d’eux et de leurs besoins.

Lucien Kokh, 20-02-2014

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *