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Réalité et mémoire de la société Colbert 11

J’ai désiré conserver la mémoire du site Colbert 11, afin qu’il serve de référence et de modèle de ce qui a été accompli, dans le domaine de l’accompagnement et de la conception du champ psycho mental et social, tel que j’ai voulu le réaliser en mode d’insertion. La petite société Colbert 11 a été créée en 1998, et est parvenue à s’insérer dans le tissu des sociétés, dans le cadre des dispositifs sociaux officiels existants. Alors que ce domaine est conçu comme relevant globalement du secteur des “ressources humaines » et de l’accompagnement sans grandes distinctions. Colbert y a trouvé sa place. Cela m’a permis de concevoir en direct et d’intervenir dans le tissu social de la vie des personnes. Tout en assumant le cadre et la réalité de mon entreprise comme cadre essentiel. Colbert 11 est devenu ainsi un « centre », «un terrain » et un « territoire mental », en forme de médiation dans la vie des personnes, et une source d’expérience et de réflexion pour moi.

Site internet de Colbert 11

Pourquoi et comment répondre aux besoins des personnes dans certaines circonstances, dans leur dynamique de problèmes et de vie ? Ces besoins s’exprimant sur leur forme et leur fond à plusieurs niveaux :

  • besoin de prendre conscience de ses problèmes et préoccupations, constituant un tableau, un cadre de conscience,
  • de lui donner une forme et un moule dans un espace relationnel et de conscience dédiés,
  • lui conférant en ce sens une forme, un fond, une intelligibilité mentale et sociale nécessaire et utile,
  • de lier ce fond, ce concept, cette intelligibilité, tel un besoin d’outil et d’équipement, à une spécificité faite de la personne et de sa situation, comme un tout, un enjeu global.
  • besoin qui va s’exprimer à l’occasion de formes de la vie sociale et de la société, comme le travail, l’emploi, la formation, les études,
  • besoin de consulter et besoin de lieux de rencontre pour se former, se rencontrer elles, se déterminer et s’orienter,
  • le tout devant être conçu comme une consultation mentale et sociale au service des personnes, pour mettre en mots, en relations et en compétences des questions, loin des grands services autoroutes, mis à la disposition de tous, en modes généraux et pouvant représenter ces services dans leur esprit.

Tel a été le projet ambitieux de Colbert 11. Alors que la préoccupation générale consistait à se sectoriser, se cloisonner, par domaine et métiers, en mettant les personnes en position d’usagers et demandeurs, comme à la porte de leurs besoins. Or, ce type de réalité et de réponse, en mode de professions techniques ou de corps de savoirs savants, et forme d’ « usinage mentale », reste très abstrait et très éloigné des besoins des personnes, très technocratique et administré, et comme glissant à la surface des conceptions sociales des besoins. Le dispositif de Colbert 11 s’est donc attelé à la tâche de rendre compte et travailler le fait, l’écart entre l’idée, l’imaginaire et l’imagination des choses, des idées, des droits que les personnes se font, pour en dresser la carte et l’image au service de leur esprit. Et dans ce renversement des points de vue, recentrer sur les personnes, le besoin et le recours aux dispositifs, comme des réalités habitées. Ce point de vue dans l’usage des dispositifs et moyens, reverse les choses au profit du territoire, vu dans la réalité des personnes et de leurs expériences. La réalité n’est plus considérée comme fonctionnelle et sociale, mais comme un moyen et média nécessaire à la conception et au recentrage sur les personnes. C’est ce reversement et ce changement de perspective que je veux rendre sensible et dont on verra le sens en considérant le site de Colbert 11. Pas seulement pour ses fonctions et nécessités attractives et de signalement, mais comme idée et image de ce qui a été fait dans sa manière, style et intention.

C’est l’ensemble de cette réalité réelle dans son espace et ses décalages, comme réalité vivant, qui m’intéresse, à distance des sommets des espaces technocratiques abstraits, tout en maintenant au mieux les équilibres économiques. Ce « trou », et non comblement dans sa réalité propre, m’a intéressé comme mode et challenge et non l’imagination de son comblement technocratique ou en mode général, intellectuel ou conceptuel, en mode raison et pensée.

Cette création a permis de travailler à petite échelle, et dans la limite des cadres existants et imposés, les concepts légaux officiels de la vie des gens, leurs cadres de réalités et leurs contextes, en mode “d’intelligence contextuelle”. Il a fallu apprendre à traduire comment leurs données s’imposent aux personnes, dans leurs grilles propres et leurs capacités de conception constituées par les éléments de réalités, tels que leur cadre de vie, de travail, de vie économique, de vie de famille, de relations, de persistance en vie économique et sociale. Toutes ces données sont souvent répertoriées et comme cloisonnées et séparées en mode analytique, et non en mode gestion et réalité de vie. Tout cela est vu et parlé en « datas abstraites », d’un point de vue excentré et non en mode d’élaboration. Il m’a fallu prendre en compte les besoins implicites d’intervention, de type médiation, de différents points de vue et comme « en mode raisonnable ». Au-delà du sens littéral et de l’utile de la grille des dispositions ou des dispositifs. Explorer les besoins d’aides divers : aide, conception, besoin de réaliser et concevoir, besoin d’appui. Tant pour faire face aux situations que pour les conceptualiser et en construire l’énergie.  Et cela dans des domaines carrefour, de convergences et d’échantillons de la vie des personnes, préoccupations imposées et cumulées, et sans prescriptions autres que ce que ces données imposent. En leur donnant des limites cependant dans l’échange et l’acte consultant, au travers des dispositifs existants ou à créer. Il faut noter ici combien ces besoins rendus conscients et exprimés, peuvent donner lieu à un travail important de formation, de formulations personnelles ou d’enjeux pour la personne, et ce sans en avoir les moyens financiers propres, parce que le cadre légal et les moyens ne le prévoient pas. Et/ou les modes de financement et de conception.

Nous avons travaillé avec mes collaborateurs sur des accompagnements au service de l’ANPE, puis du Pôle Emploi. Ce qui m’a fait travailler et prendre contact en direct avec le stress, les besoins, la détresse parfois extrême et limite des personnes et de leur environnement proche, amical, et aussi professionnel. Le stress au travail n’est pas que le stress au travail, étroit et sectorisé, bien que les principales tensions et risques en émanent. C’est un stress de rapport et de relations qui se joue dans les conditions de vie et de tensions de la personne. L’enjeu pour elle étant de parvenir à maintenir ses différents équilibres. La vision unique et sectorielle de la personne est si étroite, qu’on peut se demander si on vit encore en société ou dans un concept de société. Face à cette impuissance générale, liée aux ignorances, aux rationalités techniques, et aux impossibilités d’imaginer et d’improviser, j’ai conçu à quel point il était important de recourir à des moyens et de l’aide extérieure, en lien avec la situation individuelle des personnes et de leurs proches. En mettant la personne au centre de ses problèmes. Pour ensuite décentrer et recentrer l’humain dans une démarche anthropologique forte et si possible positive, et pas seulement anthropotechnique ou psychologique ou de conceptions de dispositifs. Recentrer la personne dans la personne. Et de là être dans un aller retour avec les instances dont elle relève, dont l’entreprise. J’ai été frappé tôt en tant que jeune médecin par la façon dont les personnes, tout comme les entités, conçoivent très peu de communications réelles, tant entre elles, que entre entités de fonctionnement et de conceptions. Comme si on ne devait communiquer qu’entre masques, fonctions et abstractions.

En lien avec le soin psychique et mental, ou disons psychiatrique, j’ai pu constater combien l’institutionnalisation et l’abstraction en masse et par pouvoir, figeaient les choses et rendaient les accès difficiles. Combien il était difficile de penser l’accès direct, de lien, de capacité de relation avec les psychiatres, la psychiatrie, la psychanalyse ou les psychothérapies, comme réalité et conception d’ensemble. On peut se référer pour cela au rôle tenu par les médecins et leur mode d’intervention, d’assurance de lien et de veille, en mode de préservation, de santé et d’équilibre des personnes. Le rôle dévolu au médecin généraliste et traitant, dans les systèmes de santé en mode et gestion technocratique générale, et pas seulement en mode d’évolution de savoir, est invraisemblable. Car la notion de veille et de veilleur se santé peut vraiment leur être appliqué.

Cet ensemble de vie et réalité réelle est peu relié par ailleurs au domaine de la psycho-sociologie, de ses objets et de ses compétences ou aspirations sociales. Elle a tenté de trouver sa place et d’ancrer son domaine, en s’intégrant aux modes de conceptions et fonctionnements généraux de la société, sur un plan clinique des institutions, référé aux formes d’organisations des collectifs et leurs modes de conceptions et applications. Des modèles locaux de gestion, application, structuration et mise en ordre, sont en mesure d’être dégagés et comme impactant les modes et systèmes de relations. Je pense pour ma part qu’il est absolument nécessaire de réfléchir et travailler à une clinique de la réalité sociale et psycho-sociale bien plus large et centrée sur la personne, même prise dans des modèles et des concepts de collectifs et leurs formes générales et nécessité d’organisation.Je pense pour ma part qu’il est absolument nécessaire de réfléchir et travailler à une clinique de la réalité sociale et psycho-sociale bien plus large et centrée sur la personne, même prise dans des modèles et des concepts de collectifs et leurs formes générales et nécessité d’organisation. Le risque est de tomber dans le registre des formes et modèle limites de dysfonctionnements groupaux, mentaux et sociaux, intervenant dans le domaine des groupes, des relations et des organisations et susceptible d’être « leur bord ». Il est très difficile à ce stade-là de pouvoir aborder ces questions, si ce n’est dans les cas où il existe une contrainte juridique légale permettant d’aborder les formes de troubles et de dysfonctionnements graves et sérieux, dans le domaine des relations et conditions de travail et de coopération. Et sans que ne soient nettement distingué dans les esprits, comme dans les domaines, les formes de conceptions et de différenciations entre la psychiatrie, la psychanalyse, la psychologie, la psychologie du travail, la pensée des  organisations et le ou  les domaines du coaching. Le problème mérite d’être souligné ici.

J’ai eu la chance de me relier et de m’entourer de coach expérimentés, non cloisonnés ou sectorisés exclusivement sur les entreprises et la recherche de travail dans les formes de conception liées aux contextes et modes de l’entreprise. En m’entourant de collaborateurs, et en découvrant leur façon de travailler, j’ai pu concevoir leur domaine et préoccupations propres, et entrer dans l’étude du coaching et de ses formes. J’ai pu élargir la conception des schémas et des formes de conscience, des besoins et des réalités, en pensée et recentrage sur les personnes, en voyant ce qu’il était possible de faire pour aider, améliorer, pallier au possible, dans le sens d’aider à concevoir les contextes et restituer des forces, des médiations, des ressources, de l’énergie mentale, sans se retirer au plus vite dans des cases. J’ai pu superviser des groupes et discussions de travail, différents types de bilans de compétences, en suivant les modèles cadres imposés comme schémas par les dispositifs.  Tout en recadrant et en suivant la ligne correspondant à notre état d’esprit. Et en prenant toujours la ou les personnes, comme un concept total, l’englobant elle et sa situation, et la concernant dans son réel, son familier et ses réalités.

Dans cette ligne de pensée, d’idée et d’idéal concepteur, j’ai créé des types de bilans d’orientation scolaire et professionnelle, à destination des jeunes, depuis la fin de la scolarité jusqu’à leur insertion professionnelle, en me mettant à l’écoute et la recherche de leurs besoins mentaux, conceptuels et familiaux, et d’avancée de vie. Et en gardant aussi à l’esprit, la nécessité du doute et de l’avancée en mode non linéaire et commun. Nous avons pu mener des accompagnements, qui n’existaient pas, pour explorer des besoins et d’autres façons de concevoir, centrées toujours sur les besoins, et les nécessités de création, par rapport aux grands cadres tracés comme des autoroutes sans stationnements. J’évoquerais au fil des textes ces alliages et ses alliances dans la vie des personnes et leurs liens. Nous avons mis toutes ces créations, au service du domaine des risques psychosociaux. En tentant de relier les professionnels en fonction du besoin des personnes, ce qui a toujours été notre concept et centre de préoccupation.

J’ai dû mettre un terme à cette aventure et création en septembre 2013, pour me recentrer sur mes recherches, sur l’écriture et l’envie de partager. Mais le réseau des collaborateurs reste. Ce qui a été fait mérite je pense d’être connu. Et peut-être aussi de continuer à inspirer sous une autre forme. Que peut-on en attendre ?

  • Des formes de recommandations en lien avec ce site et le blog.
  • Un intérêt pour les pratiques croisées, complémentaires, pour les personnes aimant et acceptant de travailler en complémentarité et collaboration.
  • Un goût pour développer des formes nouvelles de complémentarité, de besoins, de soutiens et développement, en lien avec les compétences des personnes et du fonctionnement mental dans ses formes et son ensemble.

Je souhaite garder et cultiver du lien social utile, constituer un réseau de personnes intéressées, préserver et renouveler l’état d’esprit insufflé pour inspirer ou encourager. Et dans cette optique contribuer à rapprocher les personnes de leurs besoins, en favorisant par exemple, la mise en rapport des spécialistes, psychiatres, psychanalystes, psychothérapeutes, coach, psychologues, à l’esprit ouvert et chercheur.  En respect des pratiques, mais en centrage sur les personnes et des réseaux de confiance. Contribuer à former ainsi un réseau coopératif, parallèlement à l’intérêt d’un développement de recherche et de questions échangées et partagées, dans l’axe des recherches intellectuelles et de culture de soi, inspirées par ce blog.

C’est là mon vœu, un espoir et peut-être une chance à saisir ?

 

Lucien Kokh, 01-03-2014

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